Quand on parle de l’ADN de Fluide Glacial, un nom revient immédiatement : Marcel Gotlib. Son humour, son sens du décalage et son goût assumé pour l’absurde ont façonné une génération entière de lecteurs. Plus qu’un simple auteur, Gotlib a imposé un ton. Un ton libre, irrévérencieux, et surtout totalement décomplexé.
Une liberté de ton révolutionnaire
Avant Gotlib, la bande dessinée francophone restait souvent cantonnée à des cadres bien définis : jeunesse, aventure, humour bon enfant. Avec lui, tout explose.
Il détourne les codes, casse le quatrième mur, interpelle le lecteur, s’invite dans ses propres planches. Il joue avec la narration comme un musicien avec son instrument. Ses personnages savent qu’ils sont dans une BD, discutent avec leur auteur, se moquent des conventions.
La Rubrique-à-Brac : laboratoire du non-sens

Dans La Rubrique-à-Brac, Gotlib expérimente sans limite. Mythologie revisitée, fausses pages pédagogiques, gags absurdes à répétition… et bien sûr la fameuse coccinelle qui observe silencieusement le chaos ambiant.
Ce n’était pas seulement drôle. C’était nouveau. Intelligent. Et parfois totalement imprévisible.
La naissance de Fluide Glacial
En 1975, Gotlib cofonde Fluide Glacial, une revue qui devient rapidement un refuge pour un humour plus adulte, plus corrosif. Le magazine ouvre la porte à des auteurs qui n’auraient sans doute pas trouvé leur place ailleurs.
Fluide, ce n’est pas seulement un journal : c’est un état d’esprit. Une manière de dire que la BD peut tout se permettre.
Un impact fort dans le Bénélux
Dans les années 80–90, les albums et magazines circulent largement en Belgique et aux Pays-Bas. Pour beaucoup de lecteurs du Bénélux, Gotlib représente une alternative aux grands classiques franco-belges plus traditionnels.
Son humour absurde et parfois irrévérencieux séduit un public adolescent et adulte en quête de quelque chose de plus mordant. Il devient une référence culturelle, un symbole de liberté créative.
Un héritage toujours vivant
Même aujourd’hui, l’influence de Gotlib reste visible. Beaucoup d’auteurs contemporains revendiquent son héritage : cette capacité à oser, à se moquer des formats établis, à mélanger érudition et non-sens.
Relire Gotlib, ce n’est pas seulement replonger dans une époque. C’est retrouver une énergie, une insolence joyeuse qui n’a rien perdu de sa fraîcheur.
Au fond, Gotlib n’a pas seulement fait rire. Il a ouvert une porte. Et derrière cette porte, toute une génération d’auteurs s’est engouffrée.
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