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ARCHIVES | 2006 | POéSIE | RéMY DISDERO


Biographie

Poète – dessinateur français né à Boulogne en 1983. Commis voyageur à 17 ans, Lieutenant de louveterie à 19, puis vagabond. Voyage en Norvège, pays de son auteur fétiche, Hamsun. "Pronunciamiento", premier recueil illustré édité en 2004. Accueilli en Belgique où il participe à ses premières lectures. Rencontres avec Paul de Bièvre, Eric Brogniet, Jacques Izoard, Robert Varlez, Selçuk Mutlu. Premier Prix de Poésie libre du Grand Prix Vendée 2005. Mention d’honneur au Prix de poésie Angel Miguel Pozanco 2005.

 

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Vieille chèvre

J’ai coupé mon sexe avec un canif de scout
Pour le vendre à un milliardaire tacheté rubicond
J’ai bu mon caca devant trois grippe-sou odieux
Qui m’ont dit que j’avais des dents cariées en lot
Ma mère avait un garrot à la jambe droite
Depuis que des brigands la lui avaient entaillée
Mon père était un pingouin sans museau râblé comme un poussin
Tout le monde arrivait ventre à terre et des cailloux
Dans les poches des manteaux pour me les lancer
C’étaient des brutes épaisses et aussi mes amis
Que j’ai tués depuis avec un grand canon
Une idole me disait des mots gentils quand je pleurais
J’avais souvent le cafard quand je partais pour des pays
Où le goémon se réfugie dans les bras des vierges sans enfants
Je regardais sans cesse les pleutres se cacher
Et je leur criais des mots qui leur faisaient comprendre
La religion des infirmes sans pendentif en trois D
Les pédés brandissaient leurs sarcasmes chimériques
Sous les naseaux des skinheads entraînés dans la bouteille
A la mer comme à la guerre quatorze et quarante
Celui qui voulait fuir hors de ce trou de goujats
Fondait le front baptismal censé mettre une fin
Aux agissements des tocards aux Stetsons gommeux
A la gaudriole plantée sur des talons de pin-up

 

Il n’y a rien d’autre que le froid qui vous berce

Il n’y a rien d’autre que le froid qui vous berce
et des fous qui vous inondent de rêves avortés ;
Des inconscients en sorte qui imaginent un bonheur
où l’on danse en riant les bras écartés dans une folle allégresse,
une joie sans fin de paillettes qui illuminent
les coeurs incandescents
et des hourras sonores d’infinie gratitude
pour un breuvage à jamais rentré dans les corps
des drogués éclatants aux gencives déchirées
et des fous alléchés par l’odeur du grand espoir.

Il n’y a rien qu’un mort de faim
au ban de la ville ;
Que le froid de la nuit qui vient à ronger
les peaux des clochards aux barbes rutilantes.